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D’UN REGARD L’AUTRE PAR YVES LE FUR Commissaire del’exposition
L'exposition D'un regard l'Autre évoque les différentes approches des mondes non occidentaux par les Européens depuis la Renaissance jusqu'à aujourd'hui. L'ampleur de la période ne permet évidemment pas d'être exhaustif. L'exposition concerne donc les cultures découvertes par voie de mer principalement : l'Afrique et l'Amérique, d'abord (depuis le XVe siècle), puis l'Océanie au XVIIIe siècle. Ce parti pris ne traite donc pas l'immense domaine de l'Orient et de l'Asie, ni de la Méditerranée, cultures avec lesquelles le point de contact avec l’Occident avait été réalisé depuis fort longtemps déjà au moment où les premières grandes campagnes d’explorations maritimes furent lancées.
L’exposition met aussi l'accent sur la question de la distance et du rapprochement, éloignement et franchissement tant physique que conceptuel dont les variations forment sa « respiration », son rythme profond.
La prise en compte de ce temps long a conduit à distinguer un certain nombre de thématiques autour de grands repères chronologiques.
Ces thématiques évoquent les différents contextes dans lesquels les objets exotiques ont été disposés. Il ne s'agit donc pas de parler de différentes cultures en soi mais d'évoquer les diverses manières de les voir au sein d'une succession de configurations culturelles occidentales.
Ces dispositifs ont pour but de faire apparaître pour le public des invariants propres à notre culture dans sa manière d'aborder les autres. Mais au lieu de les annoncer d'emblée (de manière autoritaire et sans doute arbitraire) la conduite de l'exposition vise à les faire naître dans l'esprit de chacun et selon chacun. Différents moyens sont mis en oeuvre comme :
- la réitération dans les collections du choix de certains types d'objets (les armes, les statuettes), - le retour périodique de certains thèmes (le Sauvage, l'Eden), - les permanences (images de l'Autre).
L'originalité de l'exposition tiendra à cet entrelacement de vues qui, faisant appel à la mémoire et à l'expérience visuelle de chacun, mettra en oeuvre un processus de remémoration et d'intime participation. Le choix scénographique est en ce sens primordial.
Cette expérience devrait avoir pour conséquence de susciter une réflexivité, de mettre en oeuvre une relativité du regard occidental sur les autres. Ce n'est pas cependant l'occasion de jugements sur l'Histoire imposés par des présupposés idéologiques.
Aucun moment n'est moqué si ce n'est constaté comme la lutte contre l'esclavage par exemple ou les théories anthropologiques racistes. En s'appuyant principalement sur la richesse des collections du musée du quai Branly et de nombreux prêts prestigieux de musées européens, l'exposition considère la spécificité de la formation de ces collections au cours de trois siècles.
Le défi du nombre important d'objets laisse apercevoir une multiplicité de vues possibles et nouvelles sur ces oeuvres au-delà des approches ethnographiques et esthétiques. En complément, l’intervention de programmes multimédias participe de cette mise en abyme d'une fécondité de regards à inventer. »
Yves Le Fur Commissaire de l’exposition Directeur adjoint du département Patrimoine et Collections du musée du quai Branly
INTRODUCTION A LA VISITE
C'est par la mer que les Occidentaux ont découvert les mondes de l'Afrique, de l'Amérique et plus tard de l'Océanie.
Abordant les côtes, ils ont rencontré d'autres hommes, d'autres moeurs, d'autres civilisations, d'autres cultures. Les images et les représentations qu'ils s'en sont donnés ont varié dans le temps, de la Renaissance à aujourd'hui.
Elles sont autant de constructions mentales et de projections qui finalement disent plus de ceux qui les forment que de ceux qui en sont l'objet. Un regard est construit, il n'est jamais neutre. Un regard est un miroir de celui qui regarde. Mais le regard est aussi "contaminé" par ce qu'il voit. Confrontées à d'autres représentations, les représentations initiales vacillent, bougent et finalement changent, basculent parfois.
L’ouverture du musée du quai Branly s’inscrit dans une réflexion globale sur les approches occidentales successives des cultures extra-européennes. Cette exposition inaugurale est l’occasion d’évoquer, chronologiquement, cette histoire de la construction et des fluctuations du regard des Européens depuis la fin du XVe siècle.
Elle ne porte pas de jugement car pareille histoire n'est jamais achevée. En ce sens, cette exposition est aussi un prélude. Prélude à la visite de la galerie du musée, prélude à d'autres expositions qu'il présentera dans l'avenir. La relativité des regards devient ainsi l’enjeu murmuré au regardeur d’aujourd’hui. Cette approche a donc pour fins, non pas d’instiller instabilité et culpabilité, mais au contraire de créer un horizon élargi des références.
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