Le repas traditionnel se faisant avec les doigts (main droite), ces cuillères très souvent ornées ont une tout autre fonction que de servir à préparer le repas, ou bien à le consommer.
En Côte d'Ivoire notament ces cuillères richement ornées ou sculptées sont utilisées lors de fêtes villageoises et vont confirmer une femme du village connue pour son hospitalité et sa générosité.
C'est à cette femme que le chef du village va demander d'organiser les repas de cérémonies, aux participants souvent très nombreux.
La Wakemia est l'insigne de son mérite et matérialise la reconnaissance des villageois.
Elle va s'en servir pour distribuer le riz et la viande, allant parfois la brandir dans la "danse de la femme hospitalière". Elle ne porte quasiment pas de traces d'usage.
Voici pour l'usage tel que décrit dans le livre de Laure Meyer "Objets africains".
Ensuite vient la symbolique tournant autour de thèmes nourriciers, ventre d'enfant, seins gorgés de lait, servant de trame à de multiples et diverses explications.
Chez les Dan, on distingue trois types de cuillères :
- La Mia Na (petite cuillère) destinée à donner à manger aux vieux.
Elle est petite, facile à manier et permet de manger bruyament.
Le cuilleron ovale mesure de 5 à 8 cm.
Leurs propriétaires les gardent soigneusement et leur donnent des surnoms affectueux, comme "je ne te blâme pas si je n'ai pas assez à manger " ou "Je te laisse derrière moi avec mes enfants"...
- La Ya Bo Sie Mia (riz cuit partager feu cuiller) qui est la cuiller pour faire la cuisine de la Ko Dey (première femme).
Ce sont des cuillers en bois d'environ 35 cm de long, avaec un manche maniable se terminant par un triangle, un anneau ou une tête de forme simple.
- Et enfin la Wa Ke Mia (fête agir cuiller) dont la symbolique a été vue plus haut qui sont les cuillers d'une Wunkirle ou Wakede, cad une femme hospitalière.
Elles mesurent entre 40 et 70 cm de haut.
Dans le cas des Wa Ke Mia ces cuillères sont souvent investies d'un esprit.
La Wunkirle, pour mener à bien la préparation des grands repas de fêtes diverses ou de rites de circoncision, à besoin de l'aide d'un esprit pour pouvoir mener à bien sa tâche.
Il est alors tout naturel que la cuiller puisse avoir une "vie", pouvant se cacher et se sauver si un événement inhabituel se produit.
La fête la plus importante pour les Wunkirle est la "fête des vaches".
A cette occasion, les femmes entrent en scène brandissant leur Wa Ke Mia.
Elles dansent habillées de vêtements d'hommes et montrent qu'elles sont les maîtresses de la fête.
Dans leurs mains, les cuillers sont remplies de grains de riz et de petites pièces de monnaie.
Elles sont accompagnées de la Kumane (adjointe), qui par le chant de louanges les incitent à faire preuve de générosité...
Adapté de "Cuillers Sculptures" Editions Dapper pages 73 à 88.

Belle pièce ancienne, usagée...
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