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Le Darfour (دار فور, en arabe, signifiant « patrie des Fur ») est une région de l'ouest du Soudan, dans le désert du Sahara. Elle est majoritairement peuplée par des populations musulmanes comme l'est le Soudan (sauf dans sa partie sud à majorité animiste). Administrativement, le Darfour se compose de plusieurs provinces : Gharb Darfour (capitale Al-Genaina), Chamal Darfour (capitale Al Fachir) et Djanoub Darfour(capitale Nyala).
Géographie
Le Darfour couvre une surface d'environ 490 000 km² et sa population est estimée à 6 millions d'habitants. Composé essentiellement d'un plateau aride, les monts Marrah (Jebel Marra), une chaîne volcanique culminant à 3 088 m, formant le centre de la région. Le nord est couvert d'un désert de sable, alors que le sud est couvert d'une savane. Les principales localités de la région sont Al Fachir et Geneina.
Histoire
La région du Darfour peut difficilement supporter une importante densité de population, à l'exception des Monts Marrah, et de leurs alentours. C'est à partir de là que différents groupes de populations se répandirent pour contrôler la région.
Les royaumes du Darfour
Les Dajus, habitants du Jebel Marra, semblent avoir été le groupe dominant au Darfour dans les plus anciens récits nous parvenus. La durée de leur période de domination est incertaine, le peu connu d'eux étant la liste de leur souverains. Selon la tradition, la dynastie Daju fut déposée, et l'Islam introduit, aux environs du 14th century, par les Tunjur (sans certitudes, sans oute d'origine Arabe[1] (http://www.uni-bayreuth.de/afrikanistik/mega-tchad/Bulletin/bulletin2000/ouvrages/rouaud.html)), qui pénétrèrent au Darfour par le Bornu et le Wadai. Le premier roi Tunjur serait Ahmed el-Makur, qui épousa la fille du dernier monarque Daju. Ahmed soumit de nombreux chefs de tribus, et le pays se développa sous son règne.
Son arrière petit-fils, le sultan Dali, toujours célébré dans les légendes locales, était d'origine Fur de par sa mère. Il ramena la dynastie plus proche des peuples qu'elle dirigeait. Dali divisa le pays en provinces, et établit un code pénal, qui est toujours appliqué, sous le nom de livre de Kitab Dali ou livre de Dali. Il diffère en divers points de la loi corannique traditionnelle. Son petit-fils Soleiman (généralement distingué par le qualificatif Fur Solon, Arabe ou Rouge) reigna de 1596 à 1637, et fut un grand guerrier et musulman convaincu. Il est considéré comme le fondateur de la dynastie Keira.
Le petit-fils de Soleiman, Ahmed Bahr (c.1682-c.1722), fit de l'Islam la réligion d'état, et en accrut la prospérité en encourrageant l'immigration du Bornu et du Bagirmi. Son pouvoir s'étendait du Nil jusqu'aux rives de l'Atbara. La mort de Bukr déclencha une longue guerre de succession. Sur son lit de mort, Bakr décida que chacun de ses nombreux fils dirigerait à son tour. Une fois sur le trône, chacun de ses fils espéra faire de son propre fils l'héritier, ce conduisant à une guerre civile intermitente qui dura jusque 1785/6 (AH 1200). Suite à ces divisions internes, le darfour perdit de l'importance, en conflit avec les royaumes de Sennar et Wadai.
Un des monarques les plus marquants de cette période fut le Sultan Mohammed Terab, un des fils d'Ahamd Bukr. Il dirigea de nombreuses expéditions militaires victorieuses. En 1785/6 (AH 1200), il dirigea une campagne contre les Funj, mais ne dépassa pasOmdurman. Il fut arrêté par le Nil, et ne put faire traverser le fleuve par son armée. Refusant d'abandonner ses projets de conquète, Tayrab séjourna à Omdurman pendant des mois et son armée commença à désapprouver son action. Selon certains récits, Tayrab fut empoisonné par sa femme à l'instigation de ses généraux, et l'armée retourna au Darfour. Alors qu'il tenta de faire monter son fils sur le trône, celui-ci échut finalement à son frère Abd al-Rahman.
Abd-er-Rahman fut surnommé el-Rashid ou le Juste. Ce fut pendant son reigne que Napoléon Bonaparte effectua sa campagne en Égypte. En 1799 Abd-er-Rahman écrivit pour féliciter le général français pour sa victoire sur les Mamelouks. Bonaparte lui répondit en demandant au sultan de lui faire parvenir par la prochaine caravane 2.000 esclaves noirs de plus de seize ans, forts et vigoureux. Abd-er-Rahman établit aussi une nouvelle capitale à Al Fashir, la ville royale, en 1791/2. La capitale précédente était Kobb.
Mohammed-el-Fadhl, son fils, fut un temps sous le contôle d'un eunuque, Mohammed Kurra, mais s'en rendit finalement indépendant, et son reigne dura jusqu'en 1838, lorsqu'il mourrut de lèpre. Il se consacra à soumettre les tribus arabes semi-indépendantes qui vivaient dans le pays, dont les plus connus, les Rizeigat. En 1821, il perdit la province de Kordofan, qui fut conquise dans l'année par les Égyptiens, Mehemet Ali ayant ordonné la conquète du Soudan. Les Keira montèrent une armée, mais ils furent vaincus par les Égyptiens près de Bara le 19 août 1821. Les Égyptiens avaient l'intention de conquérir la totalité du darfour, mais leur difficulté à consolider leurs positions sur la région du Nil les forç à abandonner leur projet.
Al-Fadl mourru en 1838 et son troisième fils, Mohammed Hassan, fut nommé en tant que successeur. Hassan était connu pour être un homme religieux et avare. En 1856, il devint aveugle et pour le reste de son reigne, sa sœur Zamzam, la iiry bassi, fut de facto la dirigeante du royaume.
Au début 1856, un homme d'affaire de Khartoum, al-Zubayr Rahma, commença à mener des affaires dans le sud du Darfour. Il installa un réseau de comptoirs commerciaux armés et contrôla rapidement un territoire étendu. Cette région, connue sous le nom de Bahr al-Ghazal, était depuis longtemps la source de biens qu'exploitait le Darfour lui-même vers l'Égypte et l'Afrique du Nord, en particulier l'ivoire et les esclaves. Les habitants du Bahr el Ghazal payaient tribut au Darfour. Ces marchandises étaient les articles principaux vendus par les habitants du Darfour aux marchands égyptiens le long de la route vers Asyut. Al-Zubayr redirigea ce flux de biens vers Khartoum et le Nil.
Hassan mourrut en 1873 et la succession passa à son fils cadet Ibrahim, qui se trouva rapidement engagé dans une guerre avec al-Zubayr. Al-Zubayr, après un premier conflit contre les égyptiens, s'allia avec eux et coopéra en vue de la conquête du Darfour. La guerre conduisit à la destruction du royaume. Ibrahim fut tué à la guerre à l'automne 1874, et son oncle Hassab Alla, qui tâchait de maintenir l'indépendance du pays, fut capturé en 1875 par les troupes du khedive, et déporté au Caire avec sa famille.
La domination égyptienne
Les habitants du Darfour étaient rétiscents à l'occupation égyptienne. Plusieurs révoltes furent réprimées, mais en 1879, le Géneral Gordon (alors Gouverneur-Général du Sudan) suggéra la remise sur le trône de l'ancienne famille royale. Celà ne se fit pas, et en 1881, le Bey Slatin (Sir Rudolf von Slatin) fut désigné gouverneur de la province. Slatin fit la guerre contre les troupes du Mahdi autoproclamé Muhammad Ahmad, qui étaient dirigées par un sheik Rizeigat sheik appelé Madibbo, mais il fut obligé de se rendre (décembre 1883), et le Darfour fut incorporé aux dominions du Mahdi. Les habitants du Darfour trouvèrent sa façon de gouverner aussi déplaisante que ce qu'avait été celle des égyptiens, et une constante résistance aboutit au retrait progressif des forces du Mahdi de la région. Après l'éviction du successeur du Mahdi à Omdurman en 1898, le nouveau gouvernement (Anglo-Égyptien) du Sudan reconnut Ali Dinar en 1899, un petit-fils de Mohammed-el-Fadhl, comme Sultan du Darfour, sous condition de paiement d'un tribut annuel. Sous Ali Dinar, qui avait été emprisonné à Omburman durant l'ère du Mahdi, le Darfour put jouir d'une période de paix et d'un retour à une indépendance effective.
La domination britannique et l'indépendance
En 1916, pendant la Première Guerre mondiale, Ali Dinar s'allia avec l'Empire Ottoman et déclara la guerre à la Grande-Bretagne. la rebéllion fut mattée, le sultan fut tué et le pays incorporé au Soudan britannique. Le Darfour fut intégré à la République du Soudan lors de l'indépendance du pays en 1956. Après l'indépendance, le Darfour servit de base au parti Umma, dirigé par Sadiq al-Mahdi. En 1994, le Darfour fut divisé en trois états fédéraux au sein de la République du Soudan : Nord (Shamal), Sud (Janub), et Ouest (Gharb) Darfour. La capitale du Nord-Darfour est Al Fashir, Nyala pour le Sud-Darfour et Al Junaynah pour le Darfour Occidental.
Catastrophe humanitaire du début du XXIe siècle
Les causes
Le Darfour se trouve au sud-ouest du Soudan : 5-6 millions de personnes y vivent; la région a un très faible niveau de développement : seulement un tiers des filles (pour 44,5 % des garçons) vont à l'école primaire. La découverte du pétrole dans cette région a aussi suscité les convoitises. Trois tribus principales sont installées au Darfour : les Fur (qui a donné son nom au Darfour), les Masalit et les Zaghawa. Jusqu'à présent, le passage des chameliers arabes dans le sud était demeuré sans incidents.
Le Soudan sort à peine d'un conflit qui a duré une vingtaine d’années depuis 1983 entre les rebelles du sud et le gouvernement soudanais. Ce conflit a fait près de 2 millions de morts.
Pendant l'hiver 2003, l’opposition au président soudanais Omar al-Bachir se réveille. En représailles, Khartoum laisse agir les milices arabes (les djandjawids) dans tout le Darfour. Les armées soudanaises bombardent les villages du Darfour. Choukratalla, ancien officier de l'armée soudanaise, est le « chef des janjawids ». Les populations sont victimes de bandes armées que le gouvernement de Khartoum semble laisser faire. Plus grave, humanitaires et diplomates accusent le gouvernement d'avoir armé et payé les Djandjaouids.
Chronologie des principaux événements
En avril 2004 un cessez-le-feu est décrété ; mais les violences se poursuivent. En mai 2004, selon le journal allemand Die Welt, la Syrie aurait testé des armes chimiques dans le Darfour ; des officiers syriens ont rencontré des représentants du gouvernement soudanais dans la banlieue de Khartoum. La délégation syrienne aurait notamment « offert une coopération étroite dans le domaine de la guerre chimique ». De son côté, Khartoum aurait « conseillé de tester des armes chimiques sur la population » du Darfour.
Le 3 juillet 2004, lors de la venue à Khartoum du secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, les autorités soudanaises se sont engagées à désarmer les milices janjawits (milices arabes) qui sont accusées de viols, de meurtres et de pillages dans les villages du Darfour. Les Nations Unies estiment depuis que peu de progrès avaient été enregistrés. « Je regrette de devoir dire que des attaques de milices janjawit continuent d'avoir lieu », déplorait le 21 juillet 2004, Kofi Annan.
Le 23 juillet 2004, l'ONU estime à 30 000 le nombre de personnes tuées en quinze mois et, plus d'un million ont été déplacées par les combats. Quelque 180 000 d'entre eux se sont massés dans des camps aux conditions de vie précaires de l'autre côté de la frontière tchadienne. Des discussions avec les milices ont été engagées à partir du 23 août 2004, organisées par l’Union africaine. Elles ont pour but de désarmer les milices et de garantir la sécurité des populations locales.
Le 18 septembre 2004, Le Conseil de sécurité de l'ONU adopte une résolution sur le Darfour (résolution 1564). Le texte menace le Soudan de sanctions pétrolières s'il ne remplit pas l'engagement de restaurer la sécurité au Darfour et ne coopère pas dans ce but avec l'Union africaine. Le ministre des affaires étrangères soudanais, Moustafa Osmane Ismaïl, a fait savoir qu'il rejetait ce nouveau projet de résolution.
A la fin du mois de janvier 2005, un bombardement a fait une centaine de morts et de blessés à Shangil Tobaya au nord du Darfour. L'ONU a rendu responsable l'armée de l'air soudanaise.
Le 31 janvier 2005, la commission d'enquête internationale sur le Soudan de l'ONU publie un rapport qui conclut que les exactions perpétrées au Darfour constituent bien un "crime contre l'humanité", mais pas un génocide.
Le 31 mars 2005, le Conseil de Sécurité de l'ONU a adopté la résolution n°1593 sur la question du Darfour. Elle renvoie la situation à la Cour Pénale Internationale pour que celle-ci engage des poursuites à l'encontre des responsables des crimes commis.
Les effets
Les destructions, les villages rasés, la politique de terre brûlée (attaque et vol du bétail, champs incendiés) forcent les populations à partir (200 000 réfugiés au Tchad et 1,4 millions de déplacés en septembre 2004)
Le bilan humain s'alourdit depuis février 2003 : meurtres, viols, y compris de fillettes sont rapportés par les témoins dans les camps de réfugiés. Les premières victimes de la crise sont les enfants. Les causes de mortalité infantile sont multiples : sous-nutrition (un bol par jour d'assida, c'est-à -dire d'un mélange de farine et d'eau), maladies diarrhéiques provoquées par la pollution de l'eau, blessures, pneumonies, fièvres. Au mois de juillet 2004, le congrès des États-Unis vote à l’unanimité une résolution pour donner un nom aux exactions des djandjawids au Soudan : génocide. Se référant à une enquête faite pendant l’été 2004 dans 19 camps de réfugiés soudanais au Tchad, le secrétaire d’État américain Colin Powell qualifie les événements du Darfour de génocide en septembre 2004. Il souhaite ainsi dénoncer les violences des milices arabes sur les populations du Darfour. Les rebelles sont satisfaits de cette reconnaissance et réclament une intervention directe de la communauté internationale. En janvier 2005, le bilan fait état d'environ 70 000 morts.
D'autres comme Marc Lavergne, spécialiste du Soudan au CNRS, considère que le conflit du Darfour n’est pas racial, il a acquis la certitude que le problème majeur de ce pays vient des gouvernements médiocres qui se sont succédés depuis l’Indépendance. Ceux-là même qui ont ignoré les provinces périphériques de la capitale, dont le Darfour, et qui instrumentalisent aujourd’hui des miliciens à des fins économiques. (lien article plus bas)
Les camps de réfugiés : Ardamata, Zalingei, Murnei, Niertiti et El-Geneina. À Ryad, les réfugiés sont essentiellement des femmes et des enfants. Les ONG, le Programme Alimentaire Mondial et le Haut Commissariat aux réfugiés se plaignent. Le manque de sécurité gêne le travail des ONG ; plusieurs travailleurs humanitaires soudanais ont été enlevés. Le président soudanais est accusé.
Les conséquences locales : beaucoup d'hommes s'engagent dans l’armée rebelle pour combattre des milices. Les principaux mouvements rebelles sont :
L'Armée de libération du Soudan (ALS)
Le Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE)
Le Mouvement pour la libération du Soudan (SLM).
Plusieurs Djandjawids ont été condamnés par la justice locale à la peine de mort. Des amputations de mains et de pieds ont été également prononcées contre les voleurs.
L'attitude internationale
L’attitude de la communauté internationale est hypocrite : la France est alliée au gouvernement, même si elle est consciente que c’est un régime anti-démocratique car elle pense que c’est un stabilisateur pour le pays. Les USA et la Grande-Bretagne sont très attirés par les intérêts pétroliers. Par exemple, Blair a déclaré être contre toute intervention militaire au Darfour. Les USA ont même soutenu financièrement le gouvernement pendant un certain temps mais ont arrêté suite au refus de Khartoum de s’impliquer avec les USA dans la guerre du golfe et au panislamisme pratiqué dans le pays.
De plus, ni l’ONU, ni l’Union Européenne, ni l’Union Africaine, pourtant interpellés par les ONG présentes au Darfour, n’ont accordé assez d’attention au conflit. La communauté internationale se désintéresse du conflit car la Darfour n’a pas réellement d’intérêt stratégique. De plus, une intervention pourrait déstabiliser le Tchad (pays voisin) et donc toute la sous région. Il semblerait en fait que le conflit du Darfour gène la communauté internationale. Les diplomates internationaux se succèdent pour demander à Omar el Béchir d’aider les réfugiés. Cependant, le problème n’est pas humanitaire. Le pays n’a pas de problème de richesses, le problème vient de ses dirigeants.
Sources
Le Nouvel Observateur, n°2068, semaine du 24 juin 2004, article de Robert Marmoz
Articles WEB du Monde : septembre 2004
Article WEB du Courier International, septembre 2004
Article WEB du Figaro, 9 octobre 2004
Article WEB de Libération, 6 octobre 2004
A noter que l'ALS est la branche armée du MLS. Ces combattants, généralement très jeunes, forme une troupe réputées pour être extrêmement disciplinée. Cette armée est aujourd'hui estimée à environ 10 000 hommes. Si le président du mouvement, Abdel Wahid A Nour est pour sa part un four, Minni Arkou Minaoui (ou Minni Arcou Minnaye) est un zaghawa. Cette précision est importante. en effet, la cohésion du MLS, du Nord au Sud du Darfour, n'est pas évidente. En cas de victoire de la rébellion, politique et/ou militaire, des tensions, voire même des cissions ne manqueront pas d'apparaitre. Concernant le MJE, il faut souligner que ce mouvement est connu pour être proche d'Hassan Tourabi, un fondamentaliste musulman, ex allié du président Béchir, aujourd'hui dans l'opposition, et souvent emprisonné. Une différence essentielle entre le MLS et le MJE reside dans le fait que le MLS revendique un état soudanais purement laïc.
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