Comment les services en charge des questions d’abus de confiance ou d’escroquerie appréhendent-ils le phénomène ? L’équipe de Constat, entre veille sur le Net et enquête sur le terrain, aborde le problème et fait l’état des lieux dans sa première partie. Nous donnerons bien entendu par la suite, la parole aux structures concernées pour répondre aux préoccupations soulevées.
L’escroquerie par Internet a commencé par préoccuper les Africains dans les années 2000. Assez simples à l’époque, ses manifestations sont devenues très rapidement complexes donnant lieu à une véritable machine où au détour d’un clic ou d’un mail, l’usager peut se faire « détrousser » parfois une forte somme d’argent s’il ne se fait pas voler son identité. Au Burkina, le phénomène est encore récent et ses manifestations peu et mal connues. Comment s’en prémunir puisque tout n’est pas mauvais sur la toile ?
Communément appelé « Scam », l’arnaque sur Internet, qu’il soit en anglais ou en français, présente toujours des points communs. D’abord, les escros opèrent sous forme de mails quasiment élaborés de la même façon (l’ex-femme de ; le fils ou la fille de, le colonel de, le frère de, la famille de, le gestionnaire de telle grosse banque, etc.). Ensuite, ils sont en possession d’une forte somme d’argent (des diamants, ou de l’or, etc.). Ils vous demandent également votre aide de manière urgente et en échange vous rétribueront grassement.
Les scams se présentent aussi sous la forme de loto par Internet ou vous avez été tiré au sort sur des millions d’internautes comme le gagnant d’un très gros lot. On vous prie de garder le silence d’envoyer et vos références. Nous n’aurions pas évoqué la question si l’arnaque se limitait à ces cas facilement identifiables. Malheureusement, le Scam africain a évolué et se présente réellement sous des formes qui prennent nombre de personnes au piège.
La ruée vers les Etats-Unis et le Canada
Le titulaire prétendu de ce passeport, Usman Dialo, avocat à la court a fait plusieurs victimes sur le Net
En effet, lorsque le Scam propose de vous procurer un diplôme américain (Master, Phd), en moins de deux semaines, cela passe encore. Au Burkina, les escrocs ont imaginé mieux. Ils ont offert des postes, des emplois à des milliers de jeunes. Et ce ne sont pas n’importe quels emplois ?
Il s’agit d’emplois convenablement rénumérés et surtout à l’étranger. Or, lorsqu’on parle d’emploi dans un pays où le chômage des jeunes préoccupe, le risque en vaut la chandelle. Mieux, lorsque l’emploi ne nécessite pas un test et permet d’immigrer aux Etats-Unis ou au Canada, apparemment tout frais pris en charge, le jeu en vaut encore plus la chandelle.
De nombreux jeunes l’ont en tout cas appris à leur dépens. Pendant une bonne partie de l’année 2005, ils ont cru qu’ils accéderaient à une condition meilleure aux Amériques. Ils devaient seulement répondre à un questionnaire sur un site de recrutement américain, y déposer une copie de leur CV, envoyer deux photographies numériques, les références de leurs passeports et surtout déposer leurs candidatures par groupe de cinq au moins. Une autre condition, ils devaient souscrire à une assurance/voyage dans une Agence retenue par le recruteur d’emploi (400 dollars, une broutille par rapport à ce qui les attendait de l’autre côté) mais aussi payer environ 200 autres dollars à une Agence d’immigration contre un code secret leur permettant de faire leur visa d’immigration dans le pays où ils désirent s’envoler pour l’eldorado.
Des renseignements sont même donnés téléphoniquement à ceux qui le désirent. L’opération puait la combine, car elle se passait essentiellement dans l’ombre et offrait peu de garantie, mais nombre de jeunes se feront gruger. Maigre consolation, ils ont maintenant un passeport, un carnet de vaccination mais point de billet d’avion ou de visa promis. Pire, le recruteur tout comme son site et ses numéros de contact ne répondent plus.
Karim qui a été victime de ces escrocs s’en souvient encore. « C’est un ami qui m’a passé le message. J’ai même contribué à établir son passeport en guise de compensation et pour permettre que le lot de cinq noms qu’il exigeait soit vite atteint. J’ai perdu certes beaucoup d’argent mais le plus dur, c’est le coup au moral car en famille, on croyait enfin que j’avais trouvé une situation. A présent, je me remets mais je suis inquiet car ils ont collecté des données sur nous. Que vont-ils en faire » .
Son ami que nous avons rencontré est lui aussi amer car à la différence de Karim, lui, il venait de réussir à un concours de la Fonction publique mais a failli tout plaquer pour partir. C’est un de ses frères qui l’a convaincu de partir à sa formation en attendant que son départ se précise. Il faut dire que ce frère sentait l’arnaque. Aujourd’hui, ce veinard peut se consoler car il aurait pu également se retrouver à nouveau au chômage avec son identité à l’autre bout du monde. Il se concentre sur sa formation et promet qu’on ne l’y prendra plus.
Il n’existe pas de statistiques précises sur le phénomène mais, ils seraient nombreux à croire à de tels « mirages ». Outre cette forme de recrutement, il y a des offres de représentation de sociétés étrangères mirobolantes qui sont faites à des Burkinabè mais se sont révelées des canulars, voir des souricières à sous.
Récemment, c’est à des conférences en Europe ou aux Etats-Unis que des internautes burkinabè étaient massivement invités. Là aussi, les références de cinq (05) personnes étaient demandées avec en plus une communication à déposer sur un thème (lutte contre la torture, violences faites aux femmes, lutte contre le Sida, développement de l’Afrique etc.).
La BOA utilisée....
Un chèque de 850 000 euros émis par une loterie burkinabè ! Lefaso.net a reçu des plaintes de victimes qui ont mordu à l’hameçon
Mais c’est à l’intérieur que le « fléau » se manifeste à nouveau avec beaucoup de scams censés provenir de la BOA (Banque of Africa). Il y aurait selon ses scams, des millions de dollars non réclamés dans cette banque que des auditeurs voudraient s’approprier avec la complicité d’internautes avides de gains Ces agents s’appelleraient, Kevin (Bill and exchange Manager de la BOA répondant au numéro 76 65 71 59), Suleman Muhamede et autres. Un coup de fil à cette banque nous fera comprendre que ces personnes du moins nominalement n’existent pas dans cette institution. Malheureusement, tous n’ont pas le réflexe de vérifier et enverront leurs coordonnées avec les numéros de leur compte bancaire. On indique même que des sommes importantes ont été soustraites à des gens par ce subterfuge. Ce que nous n’avons pas pu vérifier. Moins élaboré, le scam de la BAD (Banque africaine de développement) qui n’a pas encore ouvert ses portes à Ouagadougou. Il existe bien une Banque africaine de développement dont le siège se trouve (provisoirement) à Tunis. Ceux qui ne le sauraient pas, pourraient se faire avoir également, puisqu’elle a des agents et aussi des sommes importantes que ces derniers veulent détourner.
Ces agents s’appelleraient Musa Kéré (76 52 47 43), Dr Hassan Dantata (78 84 41 77) encore appelé Musa Garuba, Mohemed Abdou, Mustafa Joseph (78 85 75 97), Henry Kaboré, Salif Diallo et autres...
Les cybercafés, refuges de ces escrocs
Ces escrocs opéreraient à partir des cybercafés où ils surferaient à longueur de journée. Ce qui laisse croire que leur activité est lucrative. Les propriétaires de cybercafé avouent être incapables de savoir ce que fait chaque client derrière son micro ordinateur. En l’absence de législation permettant de contrôler un client qui surferait plus longtemps que la normale (ce qui de leur avis chasserait les clients), ces gérants de cyber semblent impuissants. Une loi sur la protection des données à caractère privé a, du reste, été adoptée en 2005 par l’Assemblée nationale, mais force est de reconnaître que le domaine est peu réglementé. Elle est d’ailleurs une prestation commerciale comme toutes les autres, malgré son caractère spécifique et sensible. Il est certes difficile de contrôler l’internet mais les propriétaires de cyber devraient se donner au moins chacun un « code de bonne conduite » qui leur mettrait éventuellement de se mettre à l’abri car, la signature de leurs ordinateurs se trouve associé à des messages malveillants, à des activités réprimées par la loi. Une victime qui intenterait une action pourrait, avec un peu de chance si la procédure est bien menée, retracer le cyber qui paierait à la place de l’escroc. A moins qu’il y ait des propriétaires de cyber complices ?
En attendant, c’est à chaque internaute de prendre conscience du phénomène et d’éviter de répondre à des messages venants de correspondants inconnus. C’est par là que tout commence, car on ne sait jamais où cela va s’arrêter. Ces escrocs sont doués et la tentation grande.
Plus vous rentrerez dans le jeu, plus il vous sera difficile d’en sortir et une fois repéré, vous risquez gros, très gros. L’attitude la plus sage consiste alors à détruire directement ces genres de mais très facilement reconnaissables. L’autre précaution, c’est de ne jamais fournir des données personnelles à des personnes ou des structures non connues et surtout par le canal de l’Internet sans une liaison sécurisée. Elles peuvent toujours tomber dans des mains malveillantes. La signature de pétition par mail ou les chaînes de messages avertissant de la présence ou de l’apparition de virus sont aussi à éviter car constituant de véritables « chevaux de troies » servant à recueillir vos adresses email qui, du point de vue commercial, valent de l’or. Elles permettent en effet, à des sociétés d’établir à bon compte un profil ciblé de prospects même sous le couvert de la religion.
Cela est moins grave car, au-delà du piège, les hoax sont porteurs de risques bien plus grands. De l’atteinte à la vie privée en passant par les nombreux dérapages, les dangers sont bien réels : désinformation et atteinte à l’image. L’information va très vite sur Internet et l’utilisation malveillante de votre nom ou de votre image peut être catastrophique. En outre, en contribuant à relayer des messages fantaisistes, les internautes contribuent à saper le crédit du réseau lorsque ces informations s’avèrent fausses. Enfin, l’envoi de tels messages contribuent à encombrer le réseau et à rendre les connexions plus chères.
Victorien A. SAWADOGO (visaw@yahoo.fr)
Sidwaya