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Marchand d'arts primitifs, négoce-passion pour initié à l'Afrique 

Du Togo, où il vit la moitié de l'année, Mathieu Barth rapporte et vend des objets d'art africain. Un commerce et un monde complexes.

On ne s'attend pas à trouver le repaire d'un marchand d'art africain dans ce tout petit village proche de Strasbourg. Devant un banal hangar, de grands oiseaux protecteurs kalao montent la garde. Mathieu Barth, un Alsacien pur sucre, prend plaisir à vous faire visiter ce bazar où s'accumulent plus de 5 000 œuvres. Rien à voir avec une présentation muséographique ! "J'aime beaucoup cette statuette d'un ancêtre moba du nord-Togo. Très épurée. Presque de l'art brut. Et aussi ce poteau ewé du Togo avec son visage aux yeux de cauris, des coquillages qui servaient de monnaie d'échange. C'est très expressif."

Mathieu Barth s'arrête devant une porte de grenier dogon représentant des seins pour une récolte féconde...
Ni fiches, ni classement : il a tout en tête. "Je retrouve vite ce que je cherche. Je ne veux pas trop d'ordre. ça doit rester la caverne d'Ali Baba." Des pièces uniques (les plus anciennes ont cinquante ans) côtoient des objets plus récents pour amateurs de décoration. Mais pas d'artisanat chez Mathieu Barth, qui s'est spécialisé sur l'Afrique de l'Ouest : "Je reste dans ce périmètre. Je suis pantouflard", dit-il en rigolant.

Ces objets fascinants lui parlent. Depuis dix ans qu'il vit la moitié du temps en Afrique, Mathieu Barth a appris le mina, un dialecte du sud-Togo. A Lomé, il habite une maison près de la mer où les gens débarquent sans crier gare. Et il adopté la philosophie locale : ne pas s'énerver et toujours garder le sourire... Là-bas, on l'appelle même l'Africain blanc !
Au risque de décevoir, il coupe court aux fantasmes : "L'idée du Blanc routard qui part en brousse pour dénicher des statuettes, c'est une vue de l'esprit." Ce qui ne l'empêche pas de se balader dans les villages. Mais quand il voyage au Togo, au Burkina, au Mali ou au Bénin, c'est pour rencontrer les marchands. Eux connaissent les villageois et savent à qui acheter. "Et puis à chacun son business. Tout le monde doit vivre...", ajoute-t-il. Il traite donc avec une trentaine de marchands qui appartiennent souvent à l'ethnie Haussa du Nigeria et qui tiennent des galeries à Lomé, Ouagadougou, Bamako ou Cotonou.

Courrier Cadres numéro 1592

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