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Les pays qui constituent l'Afrique de l'ouest sont très variés. Certains d'entre eux s'étalent lelong de la mer, d'autres n'ont aucun débouché sur l'océan. Les paysages naturels et culturels sont tout aussi variés. Certains de ces pays ont de grandes forêts tropicales, d'autres sont essentiellement des régions de savanes ou de déserts. La plupart des habitants de ces pays se sont sédentarisés depuis longtemps, mais il existe aussi une portion de ces populations constituée de pasteurs nomades : leurs arts diffèrent de ceux des populations sédentarisées ; ils s'expriment rarement dans le bois. L'Afrique de l'ouest a connu dans le passé de grands royaumes et empires : le Ghana et le Mali ou l'empire Songhai de Gao dans la zone des savanes. L'islamisation précoce des commerçants de ces royaumes a facilité la préservation de leur histoire dans les "tarikh", écrits par des historiens et géographes arabes dès le Xème siècle. La réputation de ces royaumes et empires s'est étendue au delà du continent : on se souvient du pèlerinage de Kankan Moussa à la Mecque ou il aurait, à cause de sa libéralité, fait baisser le cours de l'or. Plus au sud, les royaumes sont de taille plus réduite ; ils sont postérieurs à ceux des pays de savane : le royaume d'Ifè, la confédération ashanti ou le royaume mossi en sont des exemples.
La sculpture ouest africaine
Les rites agraires et initiatiques, les religions du terroir, les cours royales sont les principaux fondements de la sculpture ouest africaine. Ses principaux genres demeurent les masques et les statues. Il est impossible de les décrire tous dans cet article. On peut néanmoins rappeler que ces arts se sont exprimés surtout dans le bois, l'ivoire, le "bronze", la terre cuite, l'or et l'argent. On connaît quelques-uns des styles les plus célèbres ; leurs appellations correspondent aussi à des ethnonymes : sénoufo et dan en Côte d'Ivoire, bambara et dogon au Mali, baga de Guinée, mosi au Burkina Faso par exemple. C'est au Nigeria que l'on retrouve la plus grande profondeur historique. Les chercheurs ont prouvé qu'il y avait une parenté entre les divers styles qui se sont succédés dans ce pays depuis 2000 ans au moins. Les terres cuites de Nok dont les dates se situent entre 900 avant Jésus-Christ et 200 après, constitueraient la base de cet arbre généalogique. Elles partagent des ressemblances avec celles d'Ifè, capitale religieuse du monde yoruba et de la plupart des populations du Golfe du Bénin. A Ifè où vit un roi, entre le XIème et le XVIème siècle la terre cuite a servi surtout à la représentation de personnages réalistes. Dans la même période et dans la même ville sont réalisées des représentations de têtes et de personnages royaux en alliage cuivreux communément appelés "bronze". La facture en est si "classique" que pendant longtemps on a pensé que des artistes de culture gréco-romaine ont contribué à la formation de ceux d'Ifè. En vérité il n'en est rien ; le classicisme est d'abord l'expression d'une vision de l'homme, propre à une société qui a atteint un équilibre autant dans son organisation sociale qu'économique. C'était probablement le cas de Ifè à partir du XIème siècle. Les autres expressions du Royaume du Bénin et d'Owo entre les XVème et XVIème siècles ainsi que l'art contemporain yoruba en seraient dérivés. Il n'est pas abusif de considérer l'essentiel des créations de Ifè et de Bénin city comme un art de cour, le personnage du roi en étant le centre. Les rites agraires et les religions du terroir ont donné naissance à des statues et masques que l'on trouve presque partout en Afrique de l'Ouest. Nous ne discuterons ici que du Tyi-Wara, masque bambara qui a rendu célèbre l'art de ce peuple et de cette région. Le Tyi-Wara montre une antilope. La représentation récurrente de cet animal invite à une attention aux rites agraires et de fécondité protégés et transmis par différentes initiations. L'antilope est une espèce propre aux régions de forêts. Dans l'art bambara, elle a donné naissance à de multiples représentations stylisées, parfois proches de l'abstraction, mais qui tiennent toutes dans le cadre donné par les formes physiques essentielles de l'animal. Le sculpteur peut le faire reposer sur un autre animal, ses cornes peuvent être représentées perpendiculairement ou parallèlement au corps, l'animal peut être vu en pleine course, un homme peut le chevaucher... La représentation animalière cache beaucoup plus qu'il n'y paraît. Aujourd'hui l'image du tyi-wara est commune à de nombreuses cultures qui en font le logo de leurs compagnies d'aviation.
Joseph Adandé Historien de l'art Université d'Abomey-Calavi, Bénin
Orientations bibliographiques :
Collectif (1980), Esprit et dieux d'Afrique, catalogue d'exposition, Musée National Message Biblique Marc Chagall, Nice.
DELANGE, J. (1967), Arts et peuples de l'Afrique noire, Gallimard, Paris.
SIEBER, R. et WALKER, R. A.(1988), African Art in the Cycle of Life, National Museum of African Art, Smithsonian Institution Press, Washington.
VANSINA, Jan (1984), Art History in Africa, Longman, New York.
ZAHAN, D. (1970), Religion, spiritualité et pensée africaines, PBP, Paris.
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